La pauvreté des enfants : vue de Sarajevo

La ville de Sarajevo porte encore les traces de la guerre qui nous rappellent le fait que les conflits violents ne sont pas si lointains. Le terme «nettoyage ethnique» a été utilisé pour la première fois dans cette région. Dans une belle vallée, entourée de collines verdoyantes, avec de nombreux minarets et des clochers d’églises, de nombreux bâtiments sont toujours marqués par des balles. Une rue principale est même appelée "La Vallée du Tireur ". Des tombes et des éclaboussures rouges marquée sur la chaussée maintiennent les souvenirs de cette souffrance en vie. Mais ce qui est pire encore, c’est que les tensions intercommunautaires sont toujours présentes. Musulmans, chrétiens orthodoxes, catholiques et juifs partagent une histoire et un pays, mais vivent en grande partie séparés les uns des autres.

1sarajevoLe Pape Francis s’est rendu à Sarajevo, le week-end dernier, pour marquer deux décennies de paix fragile dans cette partie des Balkans. J'y étais aussi, sur une mission différente, qui fait partie d'un effort d’une ONG globale japonaise qui poursuit l'idéal de mettre fin à la pauvreté des enfants. Ce que les deux visites avaient en commun était l'accent sur les liens entre la guerre et la pauvreté et le rôle essentiel des jeunes à changer la dynamique de la paix. Dans cette dynamique de conflit et de la réconciliation, le rôle complexe des croyances et des institutions religieuses étaient également mis en exergue.

Le pape a fait un appel très émotionnel à la paix. Sarajevo, dit-il, était la "Jérusalem de l'Ouest» parce que les communautés religieuses ont longtemps vécu, là, en harmonie. Mais le passé récent a transformé Sarajevo en un symbole de la destruction et de la guerre. Mettant de côté son texte préparé, il a encouragé le à prendre le chemin difficile, mais possible à la réconciliation. Insistant sur la mémoire et sur la jeunesse, il déclara «Chères sœurs, chers frères, vous n’avez pas le droit d'oublier votre propre histoire. Pas dans le but de se venger, mais plutôt de faire la paix. Non pas à regarder ces témoignages comme quelque chose de bizarre, mais à travers eux à aimer comme ils ont aimé. ... Garder vivante la mémoire afin de faire la paix ".

Il a également lancé un appel passionné aux jeunes en ces termes:

Vous êtes les premières fleurs de printemps ... vous voulez aller de l'avant et ne jamais revenir à la destruction, à ces choses qui font de nous des ennemis de l’un de l'autre. Et tout cela est nouveau pour moi. Je vois que vous ne voulez pas la destruction: vous ne voulez pas devenir des ennemis les uns des autres. Vous voulez parcourir un chemin ensemble. Ce n’est pas un cas de «eux et nous», mais plutôt de «nous ... 'vous êtes musulman, vous êtes Juif, vous êtes orthodoxe, vous êtes catholique ... mais nous sommes ‘nous’. C’est ainsi qu’on fait la paix et c’est cela qui distingue votre génération.

Revenant sur sa visite, il a mis l'accent, à nouveau, sur les enfants : «Beaucoup d'enfants dans le monde ne disposent pas de la liberté de jouer ou d'aller à l'école et finissent par être exploités comme main-d'œuvre bon marché .... Je souhaite que la communauté internationale s’engagera diligemment et constamment à la promotion de la reconnaissance active des droits de l'enfance "

2015-06-11-1433981027-7972918-P1010363.JPGComme le Pape, Arigatou International se concentre également sur les jeunes afin de mettre fin à la pauvreté des enfants en impliquant les acteurs interreligieux. Soutenu par une communauté bouddhiste japonaise, Arigatou a une vision audacieuse qui émane à partir d’une compassion profonde mais aussi de l'espoir. Le rassemblement  de Sarajevo a réuni un groupe consultatif mondial (dont je suis membre) et un réseau de membres des pays Balkans. Nous nous sommes engagés avec le redoutable défi de prendre un vaste idéal -  de ne laisser aucun enfant derrière - et de le traduire en quelque chose sur laquelle les individus et les communautés pourraient agir

Dans ma quête  d’idées qui pourraient résonner à travers ce spectre diversifié, l'histoire de Hansel et Gretel m’est venu à l'esprit, car il porte sur les enfants, la pauvreté et l'espoir. Une famille pauvre est entraînée au désespoir et la faim par la sécheresse et peut-être la guerre. Lorsque le père et la belle-mère décident qu'ils ne peuvent plus prendre soin de leurs enfants, ils abandonnent Hansel et Gretel dans la forêt. Les enfants déjouent leur plan et jettent des pierres sur le chemin, et à la fin ils arrivent à  trouver leur chemin à la maison. Mais ils sont abandonnés à nouveau, et cette fois les oiseaux mangent les miettes qu'ils ont laissées  tout le long du chemin, et les enfants sont perdus. Ils tombent sur une sorcière maléfique qui les nourrit, mais avec de mauvaises intentions. Les enfants arrivent à  échapper à la sorcière et retournent à la maison. Ils arrivent même d’emporter les richesses de la sorcière, ce qui permet à la famille de prospérer.

Cette histoire nous rappelle que la pauvreté est une réalité ancienne, avec des effets particulièrement cruels sur les enfants. Elle a été commune à travers les cultures et le pire c’est que dans les moments difficiles, la pauvreté peut signifier la vie ou la mort. La pauvreté implique à la fois la dynamique familiale et l'organisation de la société dans son ensemble et si elle dispose d'une capacité de fournir un filet de sécurité. Les enfants sont les victimes, mais ils ont aussi une remarquable ingéniosité et de courage qui leur sont crucial pour surmonter les obstacles sur leur chemin.

Cette histoire et les messages qui se dégagent de différentes traditions religieuses véhiculent un sens de l'énormité du problème de la pauvreté et les liens étroits entre la pauvreté et la guerre. Mais le message d'espoir est que cela ne doit pas être le cas pour toujours. La pauvreté dans le monde moderne est une réalité que nous pouvons changer. Elle doit être vu et entendu aujourd'hui comme un scandale qui appelle à une action morale et pratique. Certes, tout au long de l'histoire de l’humanité, la pauvreté était essentiellement inévitable. Aujourd'hui, cependant, nous avons la capacité et les ressources pour y mettre fin et plusieurs sociétés ont montré qu'il est possible de le faire. Nous avons la technologie (la médecine, par exemple) afin d'assurer que chaque être humain peut mener une vie décente.

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Cela ouvre de nouvelles perspectives et de visions sur l'égalité des chances qui remettent en question le fatalisme ancien de l’inéluctabilité de la pauvreté. Avec cette possibilité vient le nouvel impératif moral d'agir pour assurer que la pauvreté est adressée. Les idées anciennes de la charité comme un palliatif ne suffisent plus. Voilà pourquoi nous parlons aujourd'hui de traiter les causes profondes de la pauvreté. Mettre fin à la pauvreté est un élément fondamental de notre compréhension des droits humains. Tel est le défi spirituel et pratique commune.

 

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This article was originally posted on the Huffington Post, to view original article click here.